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L’homme au bout du chemin

Suite de nos « Brèves du sud »..
Courts croquis du Sud Ouest. Des couleurs, des gens, des bois qui craquent. Des vents qui sautent les vallons. Rien que de la douceur…
 

 

Cela fait des années que je le vois monter la côte de bistanflûte, depuisle fond de vallée où sa ferme s’éteint. Il a toujours eu devant lui ses mains, au bout desquelles, tenue en laisse mais de loin, une épagneule.. Il ne voulait pas qu’une auto rare l’écrasât.


 

Il n’est pas un homme qui dirait les choses, mais ses yeux, si. Ils sont un peu plus gros que la normale, plus profond d’on ne sait quoi qui fait du bien.
 

Il n’est pas grand ; il s’est épaissi comme il arrive à la campagne où femmes surtout font pomme de terre avec l’âge dans des blouses aux violets épars. Son front est aéré de cheveux qui couronnent loin des sourcils, partent en arrière avec retard, ne cachent rien de son visage ouvert à l’air.
 

Il a dans le regard une limpidité sachant les choses, mais non pour les savoir, plutôt parce qu’au cours de sa longue route il a pratiqué le sentiment véritable.
 

Il en est au juste retour du bâton de sa vie, dans un moment où ses émotions furent immenses à parcourir les secondes entre vrais amis. Il arpente son enfance avec son chien.
 

Jusqu’à présent, il montait le chemin, au bout duquel notre ferme silhouette à contre pente, tiré vers le ciel par le lien de son chien..
 

*
 

Monsieur Mourlis n’a pas seulement tendu les bras vers où bascule notre route minuscule, goudronnée une fois pour toute au début des « trente glorieuses » et où l’on ne se croise pas sans verser au fossé les légumes, ou le gosse, sur le porte bagage d’un vélo de dame. Il fut agriculteur d’abord, sans dérailleur…
 

Son exploitation, qu’il a mise en fermage sur le tard, couvrait cinquante hectares. Avec des bœufs ! Je ne vous dis pas : il a fallu qu’il s’active et embauche des espagnols fuyant la guerre, des italiens dont des jeunes filles avaient désespéré le cœur, des portugais petits mais inégalables en ardeur..
 

Hé bien, malgré le travail à foison, sur un limon où tout pousse pour peu que l’on s’en occupe, ce qui surpeuple les horaires, retrousse les manches et raccourcit les nuits, hé bien, n’empêche, il a vu venir la télé comme une nouvelle fenêtre pour ses pensées. Il s’est dit : « Monter sur les toits pour installer des antennes, je verrai plus loin. »
 

Monsieur Mourlis ouvrit ainsi son coeur aux ondes. Et, comme chez nous on règle les « râteaux » (antennes) en les orientant vers le Pic du Midi, Monsieur Mourlis alla plus loin, et encore plus loin…
 

Peut être s’imaginait-il, hirondelle, franchir la brèche de Roland ? Atteindre les roches chaudes du versant de la chaîne exposé au soleil ; peut-être sentait-il, depuis sa Gascogne, la terre de là bas, grumeleuse et rouge comme du sang, puissante en arômes comme l’encens ? Je ne sais, mais son second métier a petit à petit rempli la deuxième moitié de sa vie.
 

À la troisième, il lui restait une chienne dont l’âge retardait son départ au paradis des généreux. Attendait-elle qu’il y partît avant elle ?
 

À la troisième, donc, il conservait sa vieille toutoune vers qui se tendaient ses mains. Une toutoune qui faisait semblant d’être devenue sourde pour qu’il lui parlât plus souvent, même de loin.
 

Et pour qu’il la rapproche lorsqu’un cahot annonçait une voiture, dans un des raidillons où chaque soir en été, pour que la chaleur n’incommodât pas son épagneule, il promenait sa robe blanche et jaune jusqu’aux oreilles.
 

Et chaque fin d’après midi en hiver, lorsque celui-ci se fut étendu sur sa retraite et sur ses champs.
 

*
 

Hier, j’ai vu pour la première fois, passé le sentier de cailloux qui sépare notre vieille demeure à l’ombre de ses cèdres, la silhouette de quelqu’un que je reconnaissais tout en me demandant si c’était bien lui..
 

Car ce croquis d’homme au bout du chemin avait les bras au dos, comme Napoléon à l’île d’Elbe. Il redescendait la côte de bistanflûte à laquelle Monsieur Mourlis était monté sans son amie..
 

J’ai appris, de ses yeux où la chaleur s’était vidée, qu’elle était partie devant lui.
 

Du coup, son ventre, le voilà qui bombe un peu dans la descente vers chez lui, une maison ancienne comme la nôtre et dont il ne se déterre que pour un voyage qui erre..
 

Il a ses mains derrière, Monsieur Mourlis, et l’âme sur un porte bagage qui verse au tournant…
 

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Extrait de « Spleen family »
http://www.edilivre.com/doc/9252
 

Au fait,

Sortie d’Éléphant majesty..

- souvenirs d’enfance. La recherche du sens de notre nom de famille, Loygue. Ce qui veut dire l’eau aux environs de Cahors où mon grand père aurait été trouvé près d’une source…
http://www.edilivre.com/doc/10385

Au fait encore:
http://www.youtube.com/watch?v=Us-TVg40ExM

 

 

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The end ?
Jean Sébastien Loygue

http://www.loygue.com
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Wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_S%C3%A9bastien_Loygue Intro :
 

17 juin 2009 - Aucun commentaire
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La manche de la parka jaune

Suite de nos « Brèves du sud »..
Courts croquis du Sud Ouest. Des couleurs, des gens, des bois qui craquent. Des vents qui sautent les vallons. Rien que de la douceur…
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Elle dépasse de l’armoire aux trois miroirs. L’un de ses ventaux a glissé sur vingt centimètres. La manche en a profité. Elle a choisi la liberté que lui laisse un peu de jour pour mettre le nez à la fenêtre.
 

Les glaces en façade recueillent, au fond de la pièce, la lumière venue depuis une unique fenêtre. Elle fait la chambre joyeuse, contre son mur qui sans cela se serait éteint malgré l’ocre doux qui le couvre.
 

Le tissu de la manche est rude. Son coloris sable garde quelque chose de rieur qui rajeunit le visage du voyageur lorsqu’il la porte et ne la suspend qu’après la pampa.
 

On dirait qu’elle veut vous serrer la main, ou vous tirer par la vôtre. Pour vous montrer quelque chose ? Ou encore pour ‘partir avec’ dans un des lieux où elle a aimé battre au bas d’une épaule ? Ou bien enfin elle fait la manche, cette manche ? Parce qu’elle aimerait que vous viviez ensemble à nouveau ?
 

*
 

Sait-on que nos vêtements aiment qu’on les sorte ? Qu’on leur rappelle ? Combien de jambes de pantalons, remisées têtes en bas ainsi que des chauves souris, trottent en pensée alors que nous sommes ailleurs ?
 

*
 

Elle a bougé ! Mais j’ai fait glisser un p

anneau, donc son mouvement ne vient peut être pas d’elle. Sauf que je l’ai sentie heureuse.
 

*
 

Sa toile est raide comme celle d’une voile pour le gros temps. C’est aussi cela que j’aime en elle : que les abats de sel et les pluies obliques l’aient piquée sans qu’elle en soit offensée. Le peu de lustré qui se devine ne l’a pas entamée. Le dur lui a toujours été. Son jaune se délavait un peu, bien sûr, mais il ne cessait d’être là à sourire en bas de mes yeux. Pourquoi cela changerait-il ?
 

*
 

On trouve encore, lors de vide greniers, des vêtements ou des draps aux trames de jute si denses que l’on se dit devoir passer soi-même avant qu’elles ne s’usent. L’homme s’effrite plus tôt que sa bure.
 

Et si l’on peut effacer avec un coup d’éponge un zinc que des verres auréolent, on ne voit pas comment se défaire de certains habits, sinon grâce à des legs !
 

*
 

La manche de ma parka jaune tend-t-elle sa main cachée à quelqu’un d’autre ? Il va falloir que j’y pense, que j’attribue ma chasuble de pleine mer à l’enfant qui osera la porter.
 

Peut-être sera-t-il fier de dire à ses copains d’alors, le corps enveloppé, eux, par des fibres pour cosmonautes ultra légères : « Ce fut la parka de mon père !»
 

Comme s’il descendait, lui, de son palefroi pendant une accalmie de la guerre de cent ans.. Comme s’il descendait de moi, plus simplement ! Qui depuis si longtemps ouvre les armoires des maisons hantées si elles béent.
 

*
 

J’ai pèleriné des années rien que pour serrer des manches qu’on ne sortait plus. Je leur promettais à toutes qu’un petit Jean François Nicot (1) y glisserait un jour à nouveau son bras grandissant..
 

Vous savez quoi ? Manches de magiciens ou de pioches, à air ou pas, manches à rabat ou sans, renforcées aux coudes ou percées de perplexité là même, Manche comme on dit premier avion à l’avoir traversée, ou celle qui marque la direction du vent, manches avec le h de hanche..
 

Manches de robe de chambre lustrée par la nuit et qui se lèvent pour tirer les rideaux sur une insomnie. Après quoi une inconnue médusé d’âge repart au lit et le jour se lève..
 

Manches d’emmanchés dont il n’y a décidément rien à tirer, manches conçues pour leurs effets, manches de cambrioleurs abandonnées aux crocs de molosses qui les avaient rapportées à leurs maîtres..
 

Manches de faux culs à la voussure déhanchée, manches à boutons divers, manches de clones, comme les œufs d’un même nid, manches levées au ciel par des jeteurs de sorts..
 

Manches faites à se pencher sur des éperons pendant qu’un cheval hennit, manches apitoyées ou vaines, manches sereines ou souveraines qu’importe !
 

Manches dans le dos de penseurs d’épitaphes,
Manches raccourcies pour des plus jeunes qui rêveraient toute leur vie d’un habit neuf, manches à dissimuler des colombes, manches de vide goussets, manches d’alguazils qui les poursuivraient, muets cela va sans dire, car lorsque l’on court derrière un tire laine on a vite perdu le souffle qu’il faudrait pour crier « Au voleur ! »
 

Manches immenches pendant aux bras de géants zézeillants, manches repliées sous fronts qui feignent, manches du dimanche ou de la criée, au dessus de la glace éparpillée par le soleil, manches à l’épreuve des piqûres d’abeilles réveillées par un charpentier sur son chantier, manches enlacées d’emblée par la première amazone endiablée venue, à quia dans nos bras, manches à se marcher sur les pieds si l’on naît nain, manches d’épouvantails donnant à manger aux oiseaux dans le creux de leurs mains en paille, manches de sœurs aux cornettes en ailes, manches habituées au langages des signes que l’on fait à ses enfants, parce qu’il est temps de les quitter ..
 

Vous voulez que j’en termine en vous racontant comment elles le prenaient, ces manches si dissemblables, lorsqu’une porte d’armoire leur ouvrait la voie pour qu’elles pendent en dehors de leur sarcophage ? Hé bien toutes, je dis bien toutes, elles étaient contentes que je les tire de là !
 

(1) 
 

Village au fond de la vallée
Comme égaré, presque ignoré
Voici qu’en la nuit étoilée
Un nouveau-né nous est donné
Jean-François Nicot qu’il se nomme..
 
(Titre « Les trois cloches », texte : Jean Villard, musique: Marc Herrand,  interprète : Les compagnons de la chanson et Edith Piaf. création juin 1946)
 

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Extrait de « Spleen family »
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Au fait,

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À la semaine prochaine ?
Jean Sébastien Loygue

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16 juin 2009 - Aucun commentaire
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Le charpentier d’Italie

Suite de nos « Brèves du sud »..
Courts croquis du Sud Ouest. Des couleurs, des gens, des bois qui craquent. Des vents qui sautent les vallons. Rien que de la douceur…
 


Il avait pris le parti de se taire, Marcello. D’on ne sait quelle offrande qu’on lui aurait refusée ? Cela ne va pas me le rendre facile à décrire avec seulement des caractères d’imprimerie.
 

Son calme était majuscule. Sa paume sans sceptre mais souveraine, dans la mienne et sur ses bastaings ou haches. Les bénissements de ses cals étaient ceux d’un ouvrage.
 

Ils faisaient rois les pages et les hérauts de la patience que ses apprentis devenaient. Il y avait du devin dans ses mains. Elles nommaient les toitures. Nous partagions le pain.
 

Les mains vous savent. Elles vous font arbre alors que vous restiez à courir à la recherche d’un tuteur. Ainsi rampe le lierre avant qu’on n’y coupe gui dans les hauteurs d’un chêne où il a fleuri.
 

*
 

Marcello était un charpentier, mon maître. Il ne chantait que sur les toits. Il y promenait ses braies si particulières : velours à large ceinture et resserrées aux chevilles.
 

Les pattes d’éléphant ont défolié une génération de gafettes qui voulaient danser sans se changer entre les bals et les toits.
 

Un pantalon qui s’évase chope un chevron, une carlatte qui rebique (volige en chêne peu épaisse, irrégulière, tranché à la hache dans le fil du bois), et vous voilà reparti au pied de l’échelle…
 

Marcello ne disait mot à terre. Il enterrait ses apprentis. Il a aussi perdu des collègues de son âge. Petit à petit son ciel s’est peuplé d’anges qui vieillissaient.
 

On dira qu’il en était plus près que d’autres pour poursuivre des conversations que personne n’entendrait.. C’est vrai.
 

Bel homme, les veuves lui tournaient autour. Un charpentier qui ne tombe pas ! Vous vous rendez compte ? Il en aimât quelques unes sans un mot.
 

*
 

Je l’ai entendu rire et même chanter à des moments où il ne savait pas que je l’écoutais. J’étais chargé de rapprocher un tas de tuiles infini, de trier les poreuses, d’empiler par séries de sept les bonnes afin de les porter ensuite à l’épaule en gravissant l’échelle dressée contre le mur de la maison « à reprendre », avant cela, de remplir la brouette, de rouler, de gerber les chapeaux et les canaux blanchis là où le soleil n’avait pas roussi leur ombre. J’attendais ensuite, pour les monter que Marcello me hèle :
 

      Tu viens, petit ?
 
Voulait dire : grimpe et fournis. Après quoi, il disparaissait à chacune de mes livraisons, son tas de sept tuiles entre épaule et cou, marchant sur les chevrons entre lesquels, là où il n’avait pas voligé encore, le vide le guettait.
 

Avant, il avait remplacé, retaillé, repositionné faîtières, fermes et moises, p

annes, sablières, contrefiches et entraits, redimensionné à la petite tronçonneuse ces pièces maîtresses, comme un trapéziste aurait agité un sabre sans se couper. Ensuite il revenait, reprenait, repartait. Et moi, je montais à l’échelle et l’approvisionnais.
 

Souvent, des abeilles sauvages avaient nidifié à l’abri de ces vieilles terres cuites imprégnées par le moindre soleil en hiver dont elles faisaient chaufferettes pour les naissains.
 

À manipuler chapeaux et canaux, lorsque je l’accompagnais sur le toit, souvente fois, je découvrais ces cloisonnés émouvants de familles peu nombreuses au creux d’une tuile moulée en forme par une femme il y a cent ans sur sa cuisse de parfois gitane bronzée, taillée de la route, abandonneuse de caravanerie – certainement sans l’accord ni de son père ni de ses frères, seulement peut être avec l’appui humide aux yeux de sa mère qui se mouchait pour qu’on ne voit pas qu’elle pleurait et priait pour son bonheur d’évadée.
 

Après quoi elle avait fait souche et famille. Après quoi encore elle avait engobé des tuiles sur ses cuisses.
 

Non qu’elles soient méchantes par habitude, les abeilles sauvages, ni par principe ou

commandement collégial de tout un peuple d’insectes qui se seraient senti assailli.
 

Pourtant, parfois il s’en envolait quelques unes de leur minuscule gâteau de miel où elles dormaient en attendant le printemps. Elles me tournaient alors autour de la tête, visaient mon nez, en piqué piquaient.. Marcello, s’il me voyait, riait..
 

Les abeilles s’étaient contentées de me la jouer comme n’importe qui de pas plus acariâtre que cela mais que l’on secoue alors qu’il est parti dans un rêve non sans avoir placardé à sa porte : « Just maried, fichez moi la paix ! »
 

*
 

Lors de mes aller venues au sol, j’ai surpris la chanson de l’homme qui ne parlait jamais, si ce n’est pour me dire : « Tu viens petit ? » dans la journée, et le soir, le travail fini : « A demain, mon garçon.. » Quand il était content de ce que j’avais fait.
 

Ou bien : « A demain.. » tout court, lorsque quelque chose ne s’était pas passé selon son goût mutique pour le travail parfait.
 

Il courait sur les toits, comme un oiseau ne pesant guère et qu’auraient secouru ses ailes s’il avait perdu l’équilibre, et il fredonnait, quand il croyait que je ne l’entendais pas :
Petits pieds, petits pieds, arrêtez de marcher,
Mes bras mes jambes, cessez de gigoter !
C’est le moment d’écouter la chanson du silence,
C’est le moment de rester sans bouger.
*
Marcello ne bouge plus. Parfois je distingue comme une auréole d’abeilles autour des cheminées sur les toits qu’il a refaits.
Extrait de « Spleen family »
http://www.edilivre.com/doc/9252
 

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10 juin 2009 - Aucun commentaire
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Crapaud

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      Je viens de sauver la vie à un crapaud. Il montait par l’escalier jusqu’à mon lit.. 
      Qu’en as-tu fait ?
      Un Prince Charmant ! 
  Si Pauline le dit…

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Extrait de « Spleen family »
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Le talisman de la maman

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  Revenons, voulez-vous, au talisman de la maman. En dehors de l’écoute dont on a déjà parlé - mais elle ne dit pas tout cette fameuse « écoute », lorsque ce sont des verbeux qui la pépient – en dehors de l’écoute, donc, il y a ceci : Martine  accompagne les désirs de ses enfants, les fructifie. Elle les interprète comme des volontés de croissance, non des lubies.

 
Exemple : Memphis a 12 ans. Il s’est mis en tête d’acheter des Nike deux pointures au-dessus de la sienne. Réponses possibles de la mère : ou bien « Trop cher ! » Ou bien « Trop grand ! ». Mais elle peut aussi se demander comment aider son fils à parler de ce qu’il a envie de faire en grandissant si brusquement ? Quel rapport il y a entre tennis rêvées et bottes de sept lieues ? 

 
J’imagine que sa maman avait trouvé la réponse à une question qui distingue si bien le caprice du « grandissement ». Après quoi je me suis dit que la convoitise était tout simplement le moteur de la croissance des enfants. 

  Au total, Martine accompagne les désirs des autres pour qu’ils convertissent leurs souhaits en volonté. Elle reste en cela une demie paysanne et demie fée, de connivence avec les nouvelles qui finissent bien, alors que la nuit des petits qui se les font raconter commence.
 
  Nous les avons lues, ces histoires enchanteresses. D’un coup de baguette magique elles font pousser les haricots géants. Si haut qu’au réveil les enfants de ces contes, chantonnés le soir pendant que l’orage turbule, se retrouvent à cent mètres du sol dans les branches d’un arbre qui fabule..

 
Extrait de « Spleen family »
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31 mai 2009 - Aucun commentaire
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La jolie soupe au potiron du blé

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Un peu à l’intérieur des terres, le sol est jaune humus. Les collines ondulent vers des plages très loin. Ce ne sont pas seulement leurs rondeurs qui font les blés chercher une dernière lumière alors que le soleil s’en va.
 

Il y a un moment comme ça où, juste avant que l’énergie ne baisse les bras, puis s’éteigne, les ondées de graminées qui poussent envoient un dernier signe de ce qu’elles ont pris pour que leurs épis plient. Un moment fugitif comme le saut du caillou sur l’eau. Et puis c’est tout.
 

Non, ce ne sont pas seulement les vagues des collines qui adoucissent la vue, mais aussi les marques arrondies du tracteur qui est passé sur la terre, et repassé. Car après l’emblavure elle y est revenue, la bête à roue. Dans ses traces de limace qui échancrent le champ dans lequel, alors que flageolent leurs graines crème au bout de leurs tiges, sur le sillon de la machine rien ne pousse.
 

Ce qui fait couture sans angles, rayure sans blessure, soir de paix dans la si jolie soupe au potiron du blé.
 

Extrait de « Spleen family »
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25 mai 2009 - Aucun commentaire
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Chez nous, la terre est courte…

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Chez nous, la terre est courte. Les poutres de notre masure le sont aussi,
les volumes rétrécis.
Tant pis !
 

On s’y réchauffera plus près d’un feu qui demandera moins. Aurions-nous pratiqué la religion, nos chaises seraient restées sans nom. A quoi sert-il, au fond de l’église, que l’on grave un patronyme que personne ne voit devant lui, entre l’impie et l’hostie ?
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Extrait de « Spleen family »
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20 mai 2009 - Aucun commentaire
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A l’abri du silence…

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J’étais frappé par les causeries calmes entre la maman et ses enfants avant de comprendre que la conversation n’a pas pour but le chef d’œuvre que serait une de mes éoliennes (mes tirades ne faisaient pas immanquablement remonter une vérité clair du fond de mon puits).
 

J’ai découvert aussi que la conversation n’est pas non plus un art divinatoire. Car si on aide quelqu’un à lancer les osselets de son avenir sur la table, il est utile que ce soit moins pour procéder à leur interprétation que pour qu’il s’y retrouve lui !
 

En ce sens, Martine sait d’abord laisser son Memphis par exemple se perdre, aller jusqu’à la découverte d’un aveu. Elle croiserait bien en chemin la route qu’il avait choisie de faire avec elle, parce qu’il était en confiance vers le sens.
 

Je pense que les vraies mamans sont des taiseuses. Elles ouvrent grands leurs yeux pour encourager la parole de leur enfant. Des silencieuses qui font de leurs regards de mère une cloche de chaleur protectrice comme la poule arrondit ses ailes sur ses poussins.
 

Des discrètes couvant leurs petits
pour qu’un jour ils fendillent coquilles,
lissent plumes,
et s’envolent.
 

À l’abri du silence, l’enfant se love et puis se livre. Il commence dans le désordre. Il ne sait pas toujours ce qu’il a vraiment à dire. Mais c’est là, quelque part, dans sa gorge. La maman l’a compris. Si bien que, dès qu’il parle, elle hoche la tête. Ses yeux se plissent. Son regard se concentre et sourit.
 

Elle ira peut être
jusqu’à poser sa main
pour lui relever une mèche
à son petit
qui grandit.
 

Ensuite, pour l’encourager à aller plus loin, lorsqu’il lui confie par exemple « Le prof de Français était en retard d’un train.. » (s’il veut dire qu’il ne comprend pas les jeunes), au lieu de l’interrompre par un jugement : « Tu en verras d’autres à rester sur les quais des gares.. », elle reprendra simplement : «.. en retard d’un train… ? » Elle allongera son expression de points de suspension, comme on amorce une pompe…
 

avec un minuscule point d’interrogation
pour finir sans la clore
sa reformulation.
 

Et, lui, il dépassera cette station. Il ira plus loin. Jusqu’à ce qu’il y avait d’important dans son histoire. Parce que sa maman aura donné de la longueur et de l’élan à sa fin de phrase. Pour l’encourager. Pour lui témoigner qu’elle l’entend bien. Pour lui dire qu’elle l’aime et se le bade, son pitchoun en marche vers sa vie..
 

Il faut laisser un enfant se perdre pour qu’il se trouve,
se balancer lorsqu’il a la fièvre
et psalmodier à sa façon
ses interrogations.
 

Alors, il remue le haut de ses épaules dans son lit.
Sa maladie hoche la tête devant son mur des lamentations.
Ainsi, d’un bout de phrase à l’autre,
ira-t-il jusqu’au terme
de sa mélodie.
 

En attendant, il berce sa pensée pour la laisser venir. Il l’invite dans sa chanson. Sa maman le conforte. Elle lui indique – presque sans un mot – qu’il peut y aller. Elle lui parle oie mère, comme le faisait Konrad Lorenz à ses oisillons.
 

*
 

On se souvient de Konrad Lorenz
 

Il avait fait éclore une couvée d’oies sauvages dans sa maison. Dès que leurs œufs furent ouverts, il apparut, lui, l’homme grand et barbu, aux poussines comme leur maman.
 

À peine nées, celles-ci s’imprégnèrent de lui. Dès lors elles le suivirent dans les lacs glacés de son pays où il se baignait et jusque dans son lit. La nuit, pour répondre à leur inquiétude, que traduisaient leurs « Vi ? Vi ? Vi..? », Konrad leur modulait : « Gam ! Gam ! Gam..! », comme il l’avait entendu faire par des oies mères.
 

Les petites se rendormaient, Konrad aussi.. Ainsi fait Martine. Elle écoute le « Vi ? Vi ? Vi ? » de ses enfants. Ils sont sa vie. Moyennant quoi leur poussent les plumes des oies sauvages et leur vient, avec la confiance, le goût des voyages.
 

Extrait de « Spleen family »
http://www.edilivre.com/doc/9252
 

Au fait,

Sortie d’Éléphant majesty..

- souvenirs d’enfance. La recherche du sens de notre nom de famille, Loygue. Ce qui veut dire l’eau aux environs de Cahors où mon grand père aurait été trouvé près d’une source…
http://www.edilivre.com/doc/10385

Au fait encore:
http://www.youtube.com/watch?v=Us-TVg40ExM

 

————————————-
À la semaine prochaine ?
Jean Sébastien Loygue

http://www.loygue.com
—————————- 
Wikipedia
http://fr.wikipedia.org/wiki/Jean_S%C3%A9bastien_Loygue 

12 mai 2009 - Aucun commentaire
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Un minuscule aveu de gourmandise

Suite de nos « Brèves du sud »..
Courts croquis du Sud Ouest. Des couleurs, des gens, des bois qui craquent. Des vents qui sautent les vallons. Rien que de la douceur…
 ——————————————————————

         

À chaque retour de Memphis le week- end, Martine lui prépare un arsenal énergétique idoine pour sa semaine en prépa, à base de confitures et de cakes maison…
 

Quand je regardais la pâte dans le saladier, avant cuisson, j’y retrouvais l’odeur et la vue de ceux que me confectionnait ma propre maman. Couleurs et odeurs étaient les mêmes.  

Nous avons une fraternité là de la gastronomie familiale, Pauline, Memphis et moi. Nous partageons une mémoire émotionnelle olfactive et visuelle similaire. Jusqu’au même geste de leur mère et de la mienne de passer un doigt sur le bord du plat pour ne rien perdre au moment du transfert de la pâte dans le moule allant au four.
 

Ni leur maman, en effet, ni la mienne ne rataient cette occasion pour lécher leur index. Elles ne s’autorisaient que cet infime prélèvement au cadeau fait à leurs fils. 
 

Le véritable amour a souvent
un minuscule aveu de gourmandise près des lèvres
et un même doigt qui les accuserait,
si la bouche ne se refermait
sur lui pour le sucer
en le faisant taire.
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Extrait de « Spleen family »
http://www.edilivre.com/doc/9252
 

Au fait,

Sortie d’Éléphant majesty..

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5 mai 2009 - Aucun commentaire
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Grands parents maternels…

Suite de nos « Brèves du sud »..
Courts croquis du Sud Ouest. Des couleurs, des gens, des bois qui craquent. Des vents qui sautent les vallons. Rien que de la douceur…


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Ils se sont découverts un été à moissonner l’avoine.
On la liait en bottes avec une fraîche poignée d’épis, partagée en deux et raboutée. Et non de la ficelle – une dépense évitée.

Détail en apparence seulement, car il avait pour conséquence que ce premier travail de la journée prenait fin lorsque les liens vivants perdaient leur souplesse au soleil, une fois passée la rosée.

On imagine à quelle aube il fallait se réveiller en été, quand à dix heures tout serait sec ! Telle était sa tâche à elle – la grand-mère de Memphis et Pauline.

Elle nouait les gerbes à la main, après le passage de la faucheuse qu’il conduisait, lui, l’autre petit bonhomme, derrière ses bœufs. Sous leurs ventres l’avoine pliait.

Ils s’étaient donc levés, juste avant la mutation des lieuses… à trois heures du matin. Pour porter le joug à l’encolure des bœufs, atteler la moissonneuse qui tournerait tout à l’heure ses ailes pour coucher les gerbes.

Et puis ils étaient partis, la nuit finissant, vers le champ..
Elle nouait. Lui piquait, avec son long bâton, le bœuf le plus puissant, un peu paresseux. Il lui fallait savoir le stimuler, le faire tourner dans la pente sans renverser l’attelage.. Une semaine entière serait nécessaire pour la récolte de deux hectares d’avoine ! 

Le dimanche, ils flânèrent à la « tarde » près de la rivière vive au bout de laquelle la roue à aube du moulin palpait le courant en perdant ses gouttes… 

Il y avait donc, sur cette allée
où tant de regards de jeunes gens s’étaient hâlés,
et l’eau des songes et le feu des prunelles,
et le signal des pensées amoureuses dans un murmure de source,
et le bourdonnement des tempes
quand un tison de métal plonge
dans la bassine à « tremper » les fers du forgeron
de l’enfer.
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Extrait de « Spleen family »
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30 avril 2009 - Aucun commentaire
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Au coin des lèvres du père…

Suite de nos « Brèves du sud »..
Courts croquis du Sud Ouest. Des couleurs, des gens, des bois qui craquent. Des vents qui sautent les vallons. Rien que de la douceur…
 
Après le départ de son frère en pension, elle est devenue plus douce avec son père.

Les pères sont les premiers mâles
sur le coin des lèvres
de qui
s’exercent en ripant,
comme par accident,
les bouches de leurs filles devenues soudain plus attentives.

  Comme si Pauline se rendait compte qu’en grandissant elle se rapprochait du terme de notre route ensemble. Comme si l’absence d’un grand frère, par exemple, la faisait accommoder à ce qui ne reviendrait pas.   « Nous n’irons plus au bois.. »,
diront alors les chambres vides avec leurs posters.
Les filles ont plus que les garçons
le sentiment de la genèse,
du trop tard
et du maintenant.

  Extrait de « Spleen family »
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21 avril 2009 - Aucun commentaire
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Assonances

Reprise de nos « Brèves du sud »..
Courts croquis du Sud Ouest. Des couleurs, des gens, des bois qui craquent. Des vents qui sautent les vallons. Rien que de la douceur…
 

         

Pauline a l’observation synthétique profonde. Elle regarde l’amont. Elle cherche à percer les mystères avec ses yeux brûlants qui se fendent.
 

Elle forcit son tronc de personnalité, assiste un peu ahurie à la croissance « pagaillous » de ses branches, à la naissance de leurs nouveaux bourgeons. Elle émonde pour rendre ses fibres plus denses, se laisse à nouveau partir en sève, découvre des terres nouvelles. Elle travaille.
 

Elle me raconte, pendant que nous marchons, un professeur d’histoire qui câline les faits, s’égare dans le ravissement d’autrefois, fredonne épopées, mariages princiers, traités de paix. Il chantonne presque me dit-elle.
 

Ce qui m’a rappelé des soirées lorsque je l’entendais, réviser ses leçons à voix haute à l’étage. La maison s’habitait de sons, un peu comme les monastères en prière. Son intelligence eut tôt besoin d’assonances.
 

Extrait de « Spleen family »
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15 avril 2009 - Aucun commentaire
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Nicolas Bouvier

 Je n’annonce aucune manifestation. Je cherche à témoigner au sujet de Nicolas Bouvier.
Témoigner à sa femme, à ses enfants, que j’ai trouvé dans sa lecture un enrichissement humain émerveillé à chaque ligne.

Je ralentis la découverte de ses oeuvres, pour qu’elles m’accompagnent le plus longtemps possible.
En dehors de la stupéfaction qu’un si jeune homme ait eu sitôt à la fois tant de fraîcheur de peintre, de musicien et tant d’âge…

         Chaque accompagnement de ses pages est une fraternité.

         Bien sûr il y a la mélodie, et elle est souvent sublime… Bien sûr il y a l’enchantement de la prosodie. Mais il y a aussi ceci d’extraordinaire : Nicolas Bouvier ne “joue” jamais la musique du langage ! Le sens est là où l’achet glisse !

        C’est la première fois que je rencontre pareille authenticité. Celle d’un curieux qui semble pourtant tout savoir.. Alors qu’il découvre chaque lueur, fraîcheur, amorce de vérité !!

         Au total, je voudrais témoigner, encore une fois, à ses proches, combien leur mari, papa, a apporté de bonheur quotidien à de très nombreuses personnes.

         Combien les lecteurs de Nicolas, les covoituriers de sa générosité, les déambulateurs de sa pudeur, les émerveillés par sa tendresse si jeune et si lucide, combien il est important pour eux de penser qu’une onde l’a accompagné, puis le prolonge..

         J’ai offert l’ensemble de l’oeuvre de Nicolas Bouvier à ceux que j’aime. Son « écho d’âme ». Ils (elles) y ont trouvé frère, ami, père, amant spirituel. Il est un homme qui nous fait nous aimer les uns les autres en chemin..

         Parce que nous l’aimons lui, sommes meilleurs par lui, tellement moins seuls, alors qu’il semble l’avoir été, malgré (ou à cause de) la perfection humble de son artisanat de la clairvoyance..

         Quelle harmonie ! Quelle tziganerie aussi, avec l’envie, le chagrin, la pitié, l’émerveillement de la vie, sa transe, son respect, et l’abandon au fond de cela de l’enfant trouvé.. Qui aura parcouru sa terre, la nôtre !

         Quand on a lu Nicolas Bouvier, on ne peut plus regarder comme avant, ni pays, ni gens. Il est un de ces si rares hommes à réaliser nos métamorphoses, l’avènement de ce que nous n’osions espérer : que l’homme fût bon pour l’homme, dans le regard qu’il y pose. Et que la longue route soit aussi celle des contrebandiers d’aimer la paix.

         Nicolas Bouvier : « Œuvres », parmi lesquelles :
« L’usage du monde » écrit à vingt quatre ans ! Stupéfiant ! ». (Chez Gallimard)

Extrait de « Spleen family »
http://www.edilivre.com/doc/9252

Consulter aussi:
http//www.ecrivains-voyageurs.net 
  Au fait,

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11 avril 2009 - Aucun commentaire
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Les trompettes de la renommée…

Suite de nos « Brèves du sud »..
Courts croquis du Sud Ouest. Des couleurs, des gens, des bois qui craquent. Des vents qui sautent les vallons. Rien que de la douceur…
 
Les agences de communication parfois se croient plus connues qu’en vrai. Souvent l’est-on surtout de sa concierge, du merle d’en face.

Pourtant moi-même, dès que je vois un chapeau qui se soulève, je sais que c’est pour moi… 

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7 avril 2009 - Aucun commentaire
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Petite souris…

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Petite souris  Tu te dégages des nuages d’orage qui t’ont laissée te croire petite souris destinée à ne faire que fuir, te dissimuler, supplier l’éclair…

Extrait de « Spleen family »
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4 avril 2009 - Aucun commentaire
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URGENT. Club de rugby pro à vendre 1€ !

Le club de Auch en Gascogne assure son maintien sportif en PROD2.
Mais financièrement, c’est la faillite.
Sa majorité (280.000€) est à saisir pour… 1€ !
 

Club racines, terroir, authentique, le FCAG véhicule des valeurs qui devraient intéresser une entreprise positionnée gastronomie, développement durable, courage, solidarité…
 

Pour découvrir ce club de rugby Gascon, on peut lire le récit de sa saison 2007, à l’issue de laquelle il fut sacré champion de France de PROD2 (il l’avait été déjà en 2004 !) « L’année magique » 
http://www.editeurindependant.com/doc/2598
 

Tout un département suivra. 
 

Bien cordialement,
Jean Sébastien Loygue
Js.loygue@wanadoo.fr
0631259716
0562051323
 

Promis, la semaine prochaine nous revenons à nos « Brèves du sud » dont la promesse est « de la douceur, rien que de la douceur ».
 

29 mars 2009 - Aucun commentaire
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Grand et petit…

Suite de nos « Brèves du sud »..
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Entre 11 et 15 ans, Memphis était « petit ». Il ne grandissait pas. Ses collègues au collège, si !
 

Pendant quatre ans nous avons bercé son inquiétude avec de bonnes paroles dans le genre : « Charlie Chaplin l’était aussi.. » et du calcium. Puis une radiographie nous a fait voir qu’il avait un retard de croissance d’os de deux ans.. A seize, le sol a mis le feu à ses pantalons.
 

Tant que Memphis était « petit », il écrivait grand, comme les enfants font. Une fois grandi, son écriture s’est raccourcie.
 

Aujourd’hui, la précision est venue la rapetisser encore avec la concentration, la recherche du sens, le respect du travail, la modestie de l’artisan.
 

Extrait de « Spleen family »
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27 mars 2009 - Aucun commentaire
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Cet été ne ressemblera à aucun autre..

Suite de nos « brèves du sud.. »


Il y aura eu cette sécheresse qui fait craquer les feuilles aux trop rares mouvements de l’air. Longtemps elles seront restées attachées à leurs branches. Et puis les fanes larges des figuiers seront tombées laissant à vif, seuls, rétrécis, brûlés, des fruits d’ordinaire gonflés d’une eau qu’on leur reproche parce que le goût s’y dilue. Tel est l’avis des goulus.
 

Cet été, les figues, il n’y en aura pas, ni pour les hommes ni pour les oiseaux. Ce qu’il en reste est si noir que le suc n’est là pour personne. La rareté qui fera pour le raisin une année de vin exceptionnelle, pour elles, ce sera pénitence.
 

Par contre les prunes de Mamy s’en sont tirées, elles. Martine et Céline sont allées faire leur cueillée. Charnues, elles auront passé l’abat de soleil de cet été unique sans souffrir. Quelque chose relie les racines de leurs arbres aux sources que la canicule n’a pas asséchées sous terre.
 

Pour le reste, les feuilles des chênes craquellent quand un paresseux déplacement du vent pousse son balai ralenti par la sieste écrasée.
 

Quelques abeilles sauvages croyant venir boire à la marre alimentée au tuyau s’y noient. J’en sauve quelques-unes chaque jour en allant lire dans l’eau pour prendre le soleil le soir. Le rasant, l’oublieux.
 

C’est toujours un plaisir simple de sortir de peine des coccinelles, des papillons, des guêpes (petit à petit elles se font rares à se noyer. Elles apprennent à boire, ailes relevées au-dessus de la surface), en passant la main sous elles et en les relevant dans mes doigts.
 

Si elles sont encore vivantes, le mouvement de ma main ne les fait pas couler. Elles adhèrent à ma peau et remettent en branle ou pattes ou ailes ; quelque chose me témoigne qu’elles vivent.
 

 

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Extrait de « Spleen family » - sous titré « Brèves du Sud ».
Chez
http://www.edilivre.com/doc/9252
 

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20 mars 2009 - Aucun commentaire
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Les questions muettes des tournesols

Suite de nos « brèves du sud.. »
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À présent le souffle thermique part des champs où les tournesols cherchent une lumière perdue, leur œil silencieux tourné vers le ciel. On dirait qu’ils boivent le soleil pendant le jour et écoutent l’univers la nuit, le traquent de questions muettes que l’on ne sait pas. La réponse aussi est un mystère.
 

Les phares du tracteur se sont éteints, la récolte est faite après un dernier balayage hésitant à la frange des champs moissonnés. Ils illuminent en tremblant des yeux de plantes aux appels muets et qui attendront la faucheuse en noircissant leurs graines jusqu’à ce qu’elle revienne avec la fin de l’été.
 

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Extrait de « Spleen family » - sous titré « Brèves du Sud ».
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13 mars 2009 - Aucun commentaire
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La seule aubaine qui harde…

Suite de nos « brèves du sud.. »
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La seule aubaine qui harde est le cri du chevreuil, le graal de sa race. Vous avez remarqué ce qu’a de sommaire le râle du rut ? Ce qu’il voudrait signifier d’impérieux et le peu qui reste de sa geste ?

Vous avez noté ce qu’a d’élémentaire, de pas si émouvant que ça, son « Reu !», son « Nom de Dieu !». Ce qu’on entend de pitoyable et qui rappelle le désespoir du taureau revenant à la porte du Toril par laquelle il est entré dans un jeu qu’il refuse ?
 

Vous avez été frappé, vous aussi, par ce qu’a de laborieux le rabot de la rage dans le bois où les biches attendent leurs mâles ? A la fois la finesse de leurs attitudes à elles et la rugosité des appels de leurs géniteurs ?
 

Vous avez compris l’impuissant et le hasardeux de ce cri, la distance entre l’impérieux appel et ce qu’il a de pauvre, d’appelant et non de commandant ?
 

Vous voulez savoir comment je le ressens, alors que le tracteur pure sueur a franchi une autre colline, si bien qu’on ne l’entend presque plus qu’à peine ? Ce que je pense du cri du chevreuil à travers les ondées des blés ?
 

J’y entends le désarroi d’une bête qui ne sait ce qui lui prend. Non pas un pronunciamiento de conquête, mais l’aveu suppliant d’un idiot qui s’écrierait : « Qu’est-ce qui m’arrive ? »
 

Le brame n’a pas de souveraineté sous ses cornes ! Il y a la saison pour qu’il fasse comme le grillon. Il y a la fièvre du moment, le rituel sous la lune, l’allumage des bougies du ciel, parce qu’il est l’heure d’y aller, la fatalité de la vie.
 

Et le pauvre chevreuil, il en reçoit l’injonction comme un thermomètre brutalement introduit dans son cul. Alors il crie : « Qu’est-ce que vous me faites ? » Il beugle, se lamente, éructe, dans les bosquets où le paysan ne l’entend pas ce soir parce qu’il est sur son tracteur, que l’on soit samedi, dimanche ou lundi, s’il va pleuvoir.
 

Oui, le chevreuil est pris par la saison, l’ardente obligation de reproduire. Alors qu’on le croyait roi de sa harde.
 

En fait, ce que j’écoute, en fond de tableau du ronron racleur du moteur de mon voisin agriculteur est un désappointement de mâle sur qui l’espèce a son emprise à l’heure des chaleurs de ses souveraines.
 

L’ombre crème des blés s’est couchée. Le tracteur s’est éloigné. Le chevreuil, peut être a-t-il régurgité l’agacement de sa gorge qui le faisait expectorer son appel alarmé. En tous les cas, il se tait.
 

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6 mars 2009 - Aucun commentaire
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La jolie soupe au potiron du blé

Suite de nos « brèves du sud.. »
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Un peu à l’intérieur des terres, le sol est jaune humus. Les collines ondulent vers des plages très loin. Ce ne sont pas seulement leurs rondeurs qui font les blés chercher une dernière lumière alors que le soleil s’en va.
 

Il y a un moment comme ça où, juste avant que l’énergie ne baisse les bras, puis s’éteigne, les ondées de graminées qui poussent envoient un dernier signe de ce qu’elles ont pris pour que leurs épis plient. Un moment fugitif comme le saut du caillou sur l’eau. Et puis c’est tout.
 

Non, ce ne sont pas seulement les vagues des collines qui adoucissent la vue, mais aussi les marques arrondies du tracteur qui est passé sur la terre, et repassé. Car après l’emblavure elle y est revenue, la bête à roue. Dans ses traces de limace qui échancrent le champ dans lequel, alors que flageolent leurs graines crème au bout de leurs tiges, sur le sillon de la machine rien ne pousse.
 

Ce qui fait couture sans angles, rayure sans blessure, soir de paix dans la si jolie soupe au potiron du blé.
 


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27 février 2009 - Aucun commentaire
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La nuit où va craquer l’orage

Suite de nos « brèves du sud.. »
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Il fait chaud, les plus longs jours de l’année. Orage pas loin. Colère du ciel sans ennemi. Tombée du soir. Dîner en plein air. Des chevaux balancent leurs queues sous les branches du grand cèdre au Sud.

Il nous en vient deux ou trois fois par an quelques uns. Ils tondent les hautes herbes, peu les épines. Ils devraient. Puis s’en retournent à leurs randonnées, reposés. Des rêveurs les montent.

Bien ri, sous le noyer, avec Pauline et Martine.. Voici l’enchaînement :
Martine s’est un peu perdue dans sa réponse à ma question : « Comment réussir des confitures de figues ? » D’abord, elle a parlé du sucre « moitié-moitié avec les fruits. » Et ensuite ?

Il n’y a pas eu d’ensuite. J’ai suggéré un autre fruit, ou une amande.. J’avais en mémoire les confitures de notre « Grand-mère de Grimaud », dans le Var.

Mon souvenir alliait des transparences à travers les dais de melon ou de pastèques, et des saveurs. Je crois qu’il y avait des morceaux d’écorces de citrons verts. Je ne sais quoi d’autre. Peut être rien. Mais quelle magie !
 
Je cherchai donc une idée paysanne. Elle serait venue d’ici, du sud ouest ouvert et gourmand, pays de Martine, dont la maman réussissait elle aussi des confitures à éblouir.

Pour ne pas rester coite, Martine reprend la main :
— La confiture, ça commence par savoir cueillir..!
Silence respectueux sous le noyer bienfaisant qui, non content de donner à manger aux écureuils et à nous-mêmes, nous apportait, ce soir là, son savoir-faire en matière de courants d’air rafraîchissants.

Nous nous attendions à un savoir cueillir « venu du fond des âges », comme l’on dit, et conduisant à une juste appréciation du moment de la récolte.

Nous nous attendions à des prescriptions venues d’observations concernant les marées, des hululements, des lunes. Mais non, il s’agirait d’échelles ! Le « savoir cueillir » de Martine parlait aux barreaux ! On n’a pas toujours son inspiration en uniforme, un petit doigt sur la couture…
Regardant Pauline aux yeux brillants, je dis à ma fille: « J’espère que tu ne perdras aucune des qualités de ta mère. Ce qui ne t’oblige pas à imiter ses faiblesses.. » 

Pauline répond : « Depuis que je vous examine, je sais très bien ce que je choisis de chacun de mes parents.. »

Nous clôturons la séquence par l’idée que la vie est belle lorsque dans une famille on n’oublie pas de nourrir les compliments.

Je délire un peu sur la cage à oiseau dans laquelle nous pourrions les élever (ces compliments). Sur l’hypothèse que lorsque dans une maison les orages grondent, ce peut être parce qu’on aurait oublié de leur donner à manger. J’en imite le cri pitoyable. Et l’éclair, immédiatement, furibonde !
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Extrait de « Spleen family » - sous titré « Brèves du Sud ».
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20 février 2009 - Aucun commentaire
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Si ces quelques notes …

Suite de nos « brèves du sud.. »
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  Si ces quelques notes ne vous touchent pas plus que ça, pouvez-vous les laisser sur un banc ?
 
N’avez-vous pas observé, comme moi, que lorsque nous voulons nous défaire d’un canapé crevé, d’une vanité hors d’usage, d’une psyché qui ne nous répond plus « Oui, tu seras toujours la plus belle ! », il suffit de laisser l’objet, le meuble, le souvenir, traîner dehors où les chats s’aiment..?
  Deux jours après il (elle) est volé(e) par des rêveurs de miracles, des chineurs l’âme accrochée à la chance, des vertueux du « par hasard ». Des personnes de bonne foi, ou de tout court espoir. 
 
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13 février 2009 - Aucun commentaire
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Ne te découvre pas d’un bouton d’or en avril

Suite de nos « brèves du sud.. »
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         Là où est enterré Philippe poussent des marguerites et les fleurs jaunes du pissenlit. Sa tombe est en pleine terre et sans marbre, au bord de la pâture encore libre au sommet de coteau où les sépultures des indigents surfent sur la colline, loin des familles moins démunies.


         Et comme il y a peu de vrais pauvres à la campagne, de vrais impécunieux sans passé, sans caveau, la tombe de Philippe retrouvera longtemps ses marguerites en mars, ses boutons d’or en avril, puis les si belles fleurs mauves de la chicorée sauvage, qui pourrait dire quand, s’il n’est d’ici ?
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6 février 2009 - Aucun commentaire
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Philippe est parti…

Suite de nos « brèves du sud.. »
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           Il n’a pas souffert longtemps.
         Comme ses premiers ganglions se sont manifestés dans sa poitrine et que Philippe est né sous X, son départ se fait en catimini. Et à partir de l’endroit où il a été le plus meurtri : son coeur.
 

         Mes grandes filles en sont un peu veuves. Elles l’auront entouré pendant un mois de soins, espérant que sa fierté gagnerait.
           Son dernier moment de lucidité fut pour son fils venu à l’hôpital. Alors, en le voyant entrer dans sa chambre, il a dit « Basiiiiile ». Un sourire illuminait ses yeux. Et vidait sa poitrine..
 


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30 janvier 2009 - Aucun commentaire
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Fuck la mort !

Suite de nos « brèves du sud.. »
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Comme tous les morts vivants, il ne croit pas à la sienne. Chez les Corses le mausolée vous immortalise. Chez Philippe, sa solitude d’enfant abandonné le fait se retrouver. 

           Elle le minéralise dans son refus de partir. Il retrouve son besoin de séparation pour communiquer ! D’étanchéité pour être poreux.

  
         Le pronostic fatal n’est, après tout, que sur papier.

L’interprétation qu’en font les médecins sans cesse au golf, hein ?! Vous en pensez quoi ? Il vous pose la question pour pouvoir vous répondre : « Moi, rien ! »

           Le moribond se bat. Son âme tranche. Elle sait son combat : chaque cellule cérébrale lui dit : « Je suis vivant parce que je pense. ». Alors que les infirmières l’enterrent de sollicitude, d’agacement ou d’absence.

  
         Philippe n’écoute plus les sondages. Qui de nous accepte sa disparition s’il a quarante ans et pas fini sa vie ? Pas fini son fils ? Pas tenu les promesses que l’on se fait à soi parce qu’il est trop tard : « Si j’en sors, je changerai de style de vie.. » ?

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23 janvier 2009 - Aucun commentaire
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Cette maman avait un enfant étrange..

Suite de nos « brèves du sud.. »
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         Cette maman avait un enfant étrange. Je parle ici de Mamina, ma ghrand-mère et de son fils,  mon oncle Jean. Mon dernier père. C’était du temps des cathédrales que l’on construisait. Il faisait si bien les choses qu’on lui demandait à la fois de tailler les pierres et de dresser des sommets.
  Ce qui troublait sa mère était que le tailleur de pierre, en son fils, se désespérait qu’elles soient si lourdes, alors que le charpentier en lui s’élevait.
  Le premier entendait les paroles de l’impiété dans les travées des abbatiales où il transpirait. Il maugréait.
 

Le second s’émerveillait que les nefs fassent songer aux membrures de bateaux qui sauveraient nos vies du déluge. Il priait.
  « Pourtant, il est mon fils et il me comble par ses talents » se disait-elle. Mais elle se posait la question : « Serait-ce le fait qu’il n’ait point d’enfants lui-même qui le navre, alors que sa bonté leur aurait fait visiter le ciel ? »
 

Elle se rappelait la tendresse avec laquelle il accueillait des bêtes dans ses bras, ou l’aidait, elle, à débrouiller les écheveaux avec lesquels elle lui tricotait aussi bien des mitaines que des écharpes aux couleurs de ses anges.
  Lorsqu’elle dérobait avec ses yeux de mère les regards d’attachement de son charpentier, elle ne reconnaissait pas toujours les paroles sévères de son tailleur de pierre.
 

Elle se demandait comment libérer ses deux fils en un seul, sans linceul. Sachant que pour construire une cathédrale il faut aussi bien asseoir qu’élever. Ne rien pardonner et tout espérer.
  Elle-même n’était qu’espérance qu’il naîtrait. Et récompense qu’il fût né.
 

*
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16 janvier 2009 - Aucun commentaire
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La table du Père

Suite de nos « brèves du sud.. »
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         Nous sommes dans un creux tourmenté de l’histoire. Un sommet de vague à venir poursuivra notre route vers la paix..
 

         Sinon cela voudrait dire que la vie n’aurait jamais eu aucun sens !
 

         A-t-on vu une pierre lancée dans l’air qu’un David n’ait d’abord caressée au fond de sa poche ?
 

         Non ! Il a l’œil malin, le petit David et les grands cons n’ont qu’à bien se tenir. Ils ne l’ont pas vu venir ce petit homme. Il aura raison pour tout le monde et on pourra dresser la table du Père !
 

         Même les ouvriers de la dernière heure y souperont dans une écuelle qu’ils écoperont pour ne rien perdre avec du pain délicieux.
 

         Les méchants échangeront leurs rêves désespérants contre des gestes d’hommes bons. La mère de Jésus rira ; ce qui nous surprendra tous !
 

      Peu probable ?
      Et puis alors ? Même si ce n’est pas vrai, qu’est-ce qui nous interdirait la bonne humeur pour  chauffer la salle ? Le bonheur des spectateurs ne donne-t-il pas du talent aux magiciens ?
      Comme aux prédicateurs tourmentés qui se seraient épris de jongler avec des éclats de rire ?
      Pour changer !
 

*
 

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9 janvier 2009 - Aucun commentaire
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Une musique d’arbre !

Suite de nos « brèves du sud.. »
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Souvenir d’un photographe au fond d’une vallée pyrénéenne qui n’irait, ni autre part, ni plus loin. Enkystée pour finir dans un dernier effort pour pouvoir se dire : 
 

On a tracé le chemin jusqu’à ce que cela devienne véritablement impossible ! On ne nous reprochera pas de ne pas avoir tout fait. Posons notre sac ; il est temps de chasser l’ours, d’entendre siffler les marmottes et couler les sources.. 
 

Ce photographe réalisait des images grand angle très particulières : les forêts de pins semblaient y frissonner !
 

Cela tenait-il aux flocons qui avaient persillé leurs branches ? Au rythme de leurs traits comme des cils parcourant les pentes ?
 

À la paix du lieu si loin de toute haleine qu’il aurait respiré pour lui seul ? Je ne sais, mais ses clichés se faisaient musique : une musique d’arbres !
 

 

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5 janvier 2009 - Aucun commentaire
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La petite ville à qui sa taille va…

Suite de nos « brèves du sud.. »
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Mangé des glaces de chez Bertillon, derrière Notre Dame.. Passé la passerelle si souvent empruntée pour rejoindre l’île Saint louis depuis l’île de

la Cité, après nos matchs de rugby (« Croquis de rugby »)..
 

Puis suis parti avec mes cornets dans le square qui longe la cathédrale et

la Seine..
 

Enfin pris le train, avec toujours en bouche de sublimes goûts. Vraiment il faut y aller !
 

Retour dans la campagne où la nuit commence sa paix et son silence. A la gare après les chahuts de Paris.. Quel contraste !
 

J’attends quelqu’un, heureux et en vrac, sur un banc. L’air est si tendre ! Le rideau de fer du bureau de tabac se baisse. Unique maison marchande face aux rails. Autour d’elle, des jardins.
 

Elle fut construite sur un modèle de chalet. Quelqu’un devait rêver montagne et petit train à crémaillère. De jour, on voit les Pyrénées comme si elles n’étaient pas loin.
 

Une voix quelque part, parfaitement seule dans le silence..
 

Et le soulagement complet de la petite ville à qui sa taille va.
 

On entend venir une auto bien après avoir vu ses phares descendre la côte dont ils ont peint les berges un instant.. Elle repart derrière la colline.. Encore un moment d’attente et de paix.. 
 

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30 décembre 2008 - Aucun commentaire
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Tu viens de partir…

Suite de nos « brèves du sud.. »
Spleen family…
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   Mélanie, ma chérie,

   Tu viens de partir. J’en ai mal au cœur. Un peu effrité. 
  
Il y a longtemps que je ne t’ai pas trouvée si jolie. Tes élancements souples, ton regard impitoyable parce qu’il regarde vraiment.

   Ta jolie petite auto, ton chien pacifique, ton chat calme, l’atmosphère de roulotte qui t’accompagne.

   Il y a quelque chose qui me manque et je sais que c’est toi. Un peu comme tes parents ont du te manquer souvent. C’est inattendu d’avoir mal au cœur ainsi.

   Bien sûr que je t’aime. Et comme je n’ai pas su te le dire enfant, me voilà tout dérouté d’avoir à le ressentir pour ma petite fille devenue femme. 

   Difficile à confier, à ressentir aussi, inattendu, tardif, privé de savoir pour faire des choses ensemble.

   Mais c’est là. 
  
        
   Il fera beau dès demain. Sur cette émotion là.

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Conseil de dégustation ?
Avec des macarons de chez Ladurée
Ou des sorbets de chez Bertillon
Et pour parfaire le tout, je vous conseille de rejoindre notre groupe de fans de crème de marrons - sur Facebook (habilement inséré dans la catégorie Sports et loisirs / sports extrêmes …) — > http://raydacteur.wordpress.com/
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23 décembre 2008 - Aucun commentaire
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C’est avec retard que je t’ai dans mes bras…

Suite de nos « Brèves du Sud »..
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C’est avec retard que je t’ai dans mes bras, Mélanie. Toi, ma petite fille d’autrefois que je n’entends que maintenant. Pourtant, tu es mon clone fier, secret, amoureux des lumières, des vérités premières, des origines claires.
  Je ne sais ce que tu fais au milieu de tes vaches en montagnes, mais je me souviens d’un mot dit à mon père lorsque j’avais huit ans « Comme j’aimerais vivre chez les indiens ! » Il a éclaté de rire.
 

Et toi, tu vis à trente ans comme une squaw dans des parfums de foin…
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Avec des macarons de chez Ladurée
Ou des sorbets de chez Bertillon
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17 décembre 2008 - Aucun commentaire
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Heureuse à la petite semaine qui nous la ramène..

Suite de nos « Brèves du Sud »..
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  Pauline est heureuse à la petite semaine qui nous la ramène. Son travail la captive. Pas une ombre au bonheur qui lui vient de ce qu’elle apprend et qui la prend.

  À Toulouse, levée 6h, couchée minuit. Le week end à la ferme à nouveau penchée sur ses livres. Les matières qu’elle étudie lui rendent, sous forme de récompense, l’énergie qu’elle leur consacre pour les comprendre. Elle est passionnée.

  Nous ré appareillons ensemble deux vieux vélos (son pigeonnier est loin de la Fac). 

  Tiens ! Autour des guidons, une plaque ronde en laiton : « Mélanie Loygue – 13 rue Surcouf, Quiberon.».. « Gaud Loygue. - 13 rue Surcouf, Quiberon »…
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Pauline étudie partout : à peine franchie la marche de la porte sud de la maison, aussi longtemps que le soleil n’est pas haut. Plus tard, à l’ombre du noyer. Ensuite, au bureau de sa mère où l’après midi passe.. 

  Entre deux trains aussi. Elle a rencontré à la gare un couple attendant son petit fils. Banc partagé, silence. Jusqu’à ce que le grand-père le rompe. Il avait observé, sur les genoux de la pitchounette, des schémas lui rappelant sa première année de Médecine à lui….
 
En fin d’entretien, il lui dit « Je suis certain que vous allez réussir.. » 

  Quelques semaines plus tard, je la sens fragile, esseulée par les appuis qu’elle n’a plus et qui furent des classes à effectif réduits, des professeurs intéressés par l’avenir de leurs élèves.. Elle est déroutée par des étudiants suffisants. Elle me dit : « Je me demande pourquoi ils veulent être médecins ?»

  Elle s’arrache à sa terre qui était douce. A sa mère sans reniements. Et, comme elle est solide, elle puisera des forces dans son enfance qui fut une vie. Allez ! Passons le premier trimestre. 
  Comment pourrait elle être un jour généreuse, Pauline, si l’existence ne lui montrait que rêveries de loups qui lèchent et ne mordent ? Quel don lui viendrait-il si l’abondance versait sa corne à la première hotte qui bée ?
 
  Elle apprendra qu’il faut apprivoiser la rancœur du sans foi qui la découvre, la conversion tardive du pauvre en espérance.

  Avant que Pauline ne reparte, nous ré appareillons deux vieux vélos. Tiens ! Autour de chacun des guidons, une plaque ronde en laiton : « Mélanie Loygue – 13 rue Surcouf, Quiberon.».. « Gaud Loygue. - 13 rue Surcouf, Quiberon ».. Mes grandes filles…
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14 décembre 2008 - Aucun commentaire
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La « toulousaine » où les étudiants comme palombes nichent..

Suite de nos « Brèves du Sud »..
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  La « toulousaine » où les étudiants comme palombes nichent..
 
La petite est partie à la ville, elle aussi… Elle a monté les marches raides de son pigeonnier toulousain. Elle est « tombée en amour » - comme disent les québécois – d’un hennin de maison basse où des étudiants comme palombes nichent… 

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10 décembre 2008 - Aucun commentaire
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Autrefois, on disait « chambre de bonne »..

Suite de nos « Brèves du Sud ».. Vous êtes toujours là ?
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Autrefois on disait « chambre de bonne  » pour neuf mètres carrés, robinet sur le pallier, WC à mi-étage ; on parlait de « studio » dès que l’on avait rapatrié la chasse et l’évier à l’intérieur du logement. Et d’« appartement » pour deux pièces ou plus. 

  À présent, on ouvre un placard à balais dans la rotonde d’un escalier et l’on vous dit « château ! Messire ! Entrez !.. ».. 
  
  Signe que les campagnes aux vastes broussailles ont pris feu comme les prix du bâti, alors qu’elles se firent jonchaies – ces broussailles - à partir de quoi les gitans tissèrent des paniers. Ou bien accueillantes aux nids, aux terriers.

  Il est heureux, Memphis ! Pourquoi ? Il a trouvé à louer à Paris un rez-de-chaussée. Celui-ci donne sur une cour aux allures de jardin où des arbres attendaient encore quelques jours pour perdre leurs feuilles. Qu’il soit là ? Ou simplement parce que l’automne y était ?

 
Trois fenêtres !! Autour, des immeubles de quatre étages seulement. Ce qui fait sa cour lumineuse. Où ce miracle ? Dans le treizième arrondissement de Paris où il a son premier travail. Le jardin borde une rue pavée et piétonne. Elle-même dessert un parc. Il mitoyenne une école qui piaille et que j’entends lorsque je l’appelle pendant une récréation. Les portables restituent mieux leurs environnements que les voix de ceux que l’on aime..

  Vous ne croyez pas ce miracle ? Serait-ce que vous n’imaginiez pas les chances dont sont capables les enfants des campagnes devenus Ingénieurs et qui montent à la capitale pour se loger ?
 
  Vous pensiez qu’ils y viendraient comme des benêts ? Se faire vider les poches au premier Métro proche par une triplette de musiciens alliée à un tire laine adroit ?  

  Adroit à quoi ? A repérer le provincial qui stationne, ouvre ses lèvres, bée comme sa poche ? A cet Ostrogoth là qui est une proie ? De Carcassonne, de Carpentras, ou du Jura ?
 
  Vous n’y êtes pas ! Le petit a réfléchi. Il a pensé son trajet vers le travail. Il a relu les itinéraires des transports en commun. Il a eu l’humilité de comprendre comment le corps urbain avait relié rues, passerelles, échangeurs et Métropolitain..

  Il a croisé les possibles. Après quoi, il a surfé sur Internet pour identifier des offres sur les trajectoires idoines.
 
  Mais il n’a pas que raisonné, Memphis. Il a voulu aussi « sentir » les quartiers. Il a passé deux jours, station après station du Métro ou du RER, dont il sortait pour humer l’air. Il a fait le tour des agences quand le coin lui plaisait, toqué aux portes.

  C’est ainsi que mon fils a poussé la porte d’un cabinet immobilier encombrée en supplications. Accrédité, lui, par la seule trace d’un accent Gascon léger sentant sa bechigue (ballon de rugby). 
 

  Il a signé. Devant son « appartement », un cerisier ! Pas loin on entend des cris d’enfants. Les merles savent que lorsque les fruits seront mûrs, les écoliers seront en vacances.. Ils ignorent, par contre, les pauvres, la gourmandise avisée du gamin qui vient d’emménager, depuis sa campagne…

  *
 
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Nous aurons un hiver aussi froid que fut chaud l’été..

Suite de nos « Brèves du Sud »..

  Pauline m’avait dit il y a quelques jours :
— Au Lycée, mes amies rapportent ce que leur disent leurs grands-mères : « Nous aurons un hiver aussi froid que fut chaud l’été.. »
 
Je lui fais remarquer que cela ressemble à une bascule intellectuelle plus qu’à une sagesse venue d’observations météorologiques.. Ce qui la fait rire parce qu’elle le pense aussi. Elle ajoute : 

Tu as pourtant remarqué que maman, tout à coup la voilà qui remplit le frigo de viande et prépare des potées pour des régiments ? Alors qu’elle n’achetait plus que poissons et légumes depuis six mois ? A mon avis, elle le pressent rude, cet hiver.. Je crois plus à sa prémonition qu’à tes « bascules ».

 
Deux jours plus tard, je suis sorti la nuit. J’avais entendu les oies sauvages passer dans un ciel presque clair grâce à la lune. Plusieurs gloussements différents se répondaient.  Comme si l’une d’elle voulait encourager les autres et que certaines lui disaient : « merci ! »
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26 novembre 2008 - Aucun commentaire
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Le vieillissement du parquet qui s’est fait pavillon

Suite de nos « Brèves du Sud »..
 
Le vieillissement du parquet qui s’est fait pavillon..

  La maison est âgée. Planchers isolant du toit, au-dessus de quoi des écureuils ont fait leur nid et, pas loin, des rats. Les chouettes habitent, elles, une annexe, à dix mètres de leurs proies.

  Juste au-dessus de mon lit, ce sont des écureuils qui se houspillent. Il en tombe, par des interstices entre lattes, des brindilles. Le matin, j’époussette ma couette.

  À l’aplomb du petit salon où Martine et moi regardons la télévision, les signes de vie de Pauline nous parviennent grâce au vieillissement du parquet qui s’est fait pavillon.  
 
  
Aussitôt nous baissons le son. Il nous semble précieux qu’elle ait la paix pour ce qu’elle a à dire. Autrefois c’eût été « Rosa, rosa, rosam ».. Il est tellement savoureux que nous l’entendions..

  Deux ans auparavant, nous l’écoutions déjà parcourir à haute voix ses leçons. Nous découvrions qu’elle ne pouvait lire sans parler. Que sa parole aidait à sa pensée. 
 
  
Nous avons, elle et moi, ce besoin de dire. Non parce que nous savons. Mais parce que nous cherchons.. Alors que Memphis et sa mère ont, eux, besoin de réfléchir avant de l’ouvrir.

  Nous semons des mots pour que poussent des révélations. Nous sentons qu’elles vont venir.
 
   À présent ce sont des éclats de rire au portable qui traversent le vieux plancher, un engorgement de sa voix. Il nous descend de bois amicaux, familiers, une confiance entre les générations.

  Ces boiseries de la maison nous sont alliées maintenant pour communiquer les messages du dernier enfant à la maison. Les mélanges en une jeune fille, de rires de femme, de confiance et de paysance.
 
  
Ils nous rendent, les parquets de cette maison assagie, des échos de la vie, passant d’une génération à l’autre le goût de grandir. 
 
   Leur vieillissement les a fait souples, résonnants comme s’ils étaient de lutherie, pour que la passation de l’adolescence à l’absence se fasse en amitié. Entre des parents et leur dernière fille, grâce aux planchers.
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Extrait de « Spleen family » - sous titré « Brèves du Sud ».
Chez http://www.edilivre.com/doc/9252

 
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Jean Sébastien Loygue
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19 novembre 2008 - Aucun commentaire
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Spécialiste de l’inconnu !

  On annonce « un spécialiste de l’inconnu », en l’espèce d’une mystérieuse maladie pulmonaire venue d’Asie.. Pauline s’émerveille et s’étonne :
— Un spécialiste de l’inconnu ?! 

  Ses yeux étincellent une seconde. Beaucoup d’énergie passe, de vie, quelque chose de triomphant, de terriblement séduisant. 

 
Pauline percute. Une information vient d’imprimer sa rétine intime. Une particule laisse sa trace sur un ciel où elle commençait à positionner ses étoiles. A partir desquelles elle tracerait ses premiers signes du firmament pour le lire. 

  Sans doute procédons-nous tous ainsi. D’abord déroutés par tant d’informations sans liens entre elles. Nous avons trop peu vécu pour qu’elles impactent d’autres observations sur quoi elles rebondiraient pour former de beaux cristaux majuscules. 

  
  Mais plus nous avançons, plus nos cartes du ciel se pigmentent en sensations, émotions, bribes de raisonnements venus depuis le quotidien de nos vies qui, petit à petit, les pastille au plafond.

  Assister à ce « marquage » de la conscience d’un enfant est un cadeau. D’autant que, lorsque Pauline repère un météore surgi de l’extérieur de son petit cosmos enfantin, lorsqu’elle assiste à son entrée dans sa stratosphère (ce qui en fait une étoile filante) ses yeux témoignent une jubilation de s’interroger ou de comprendre. Son regard est alors intense et bleu de bonheur.

 
Puis elle baisse ses cils.
  Fugitif, donc, est ce moment volé. Mais on a pu surprendre en elle quelque chose d’impérieux et d’heureux. Elle aura compris une situation, un rapport de force. Elle aura rapproché une idée d’une autre, un sens qui dérivait d’un bon sens. Ou la jolie absurdité poétique d’un oxymore (« spécialiste de l’inconnu »).
 
  Pauline a besoin que les mots forgent et que des étincelles s’échappent au canon du soufflet.

  Quand cette petite aura construit ses convictions, armé sa volonté, il sera difficile qu’on l’arrête. Elle a besoin d’une vie à consacrer. Il lui faut investir une énergie qui veut servir. Pauline refusera le vain, de repartir comme entrée. « Je ne faisais que passer.. »

  Je me rappelle sa naissance, comme celle de Memphis, (et celles de Gaud, et celle de Mélanie - combien présentes dans « Ils ont enterré Ben Barka »). http://www.edilivre.com/doc/2119 …

  Si son frère est né avec un air de bonté calme, de sérénité chaleureuse qui est toujours là, Pauline est sortie du ventre de sa mère, à sept heures du matin à l’hôpital d’Auch en Gascogne à trois cents kilomètres à l’heure, les poings serrés devant son visage, concentrée à l’extrême. L’aube pointait. Intimidée.

  L’image qui s’est imposée à nous fut celle d’une motarde décidée à battre un record du monde, les phalanges crispées sur ses poignées. Et si un mur osait se présenter, elle le traverserait.. Le jour se levait, il fallait y aller !

  À quatre ans, nous avons une fois appelée Pauline « bouboule » au petit déjeuner. Elle avait grossi. Elle nous a répondu : « Lorsque je serai énorme, je vous écraserai ! » Puis elle a éclaté de rire.. En grande hâte elle grandissait.
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Extrait de « Spleen family » - sous titré « Brèves du Sud ».
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14 novembre 2008 - Aucun commentaire
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Du coup, j’en ai oublié le dentiste…

           Pourtant… Le bon Docteur Sirvins. Un extraterrestre dans le Gers où il est né pourtant. Avant de naviguer d’atoll en atoll dans le Pacifique. Puis de revenir à sa campane marier

la Justine.

           Il est revenu des lagons intégristes en aménité. De la perspicacité autour de la dent, de la perfection du soin sans douleur.

           Il s’est fait construire une maison sur un piton, inaccessible par verglas (rare ici), et belle comme un phare de haute mer tellement elle a de verrières, de lumières la nuit.
 
         Gérard Sirvins est un phobique du retard. Les RV sont pour lui sacrements, leurs manquements sacrilèges. La cérémonie mérite que l’on s’y prépare (brosse les dents). 

           Cela ne l’empêche pas de vous recevoir avec un naturel de vahiné. De la douceur, rien que de la douceur. De l’intelligence rien que de l’intelligence. Sous son pagne d’humanité.
 
         Sirvins intuite, perplexifie, perfectionne, ne se pardonne rien concernant vos dents et maux d’amours associés. Alors il n’y a aucune raison que vous défailliez sur son fauteuil. Ce qui n’arrive jamais. 

           Ni que vous manquiez un rendez-vous sur l’agenda de son assistante qui fut acrobate dans un cirque non subventionné. 
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13 novembre 2008 - Aucun commentaire
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Pierre Jean Geoffroy chargé par un bouc !

         La petite est revenue à la ferme avec cette nouvelle : « Pierre Jean Geoffroy s’est fait charger par un bouc en se rendant au collège ce matin ! »

           Bon, d’accord, on vit à la campagne. Mais quand même, en pleine ville de Auch ! (22.000 habitants quand même) Et puis, ce nom de « Pierre Jean Geoffroy » fait sonner plus de trompettes que de fuites en vélo parce qu’un bouc aurait sauté la haie, non ? 

  
         Pourtant l’histoire est vraie : Pierre Jean Geoffroy, petit bonhomme pétillant, courant d’une idée à l’autre, ce « drôle » est bien arrivé au collège épouvanté d’avoir été chargé. Et qu’un bouc authentique lui ait pissé dessus pour conclure. La cour où s’alignent les élèves face à leurs classes a longtemps reniflé l’odeur de sa colère très ancienne.

           C’est vrai que Pierre Jean Geoffroy habite la basse ville où nombre de maisons ont encore leurs potagers et leurs poules, leurs œufs appelant leurs « mouillettes » et le gros sel qui parfume si délicieusement leur jaune presque rouge.

  
         N’en reste pas moins que pareille histoire est plus contemporaine de Jules Romain que de l’Internet. On peut se demander d’ailleurs si l’incident ne viendrait pas de se produire en l’an 2000 juste pour montrer au nouveau millénaire qu’il n’en aurait pas fini avec les hauts faits de la mémoire enfantine. 

           Au moins tant qu’il y aurait à Auch en Gascogne du printemps, des boucs et des haies.

  
         J’imagine Pauline racontant l’anecdote à ses enfants, dans vingt ans. Elle sera partie à la ville. Elle reviendra ici leur montrer la maison des champs où elle est née. Et ils auront besoin de tout le crédit que l’on porte aux légendes pour croire leur maman. Ou à celui que l’on voue aux mamans pour croire les légendes. C pareille !

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Extrait de « Spleen family » - sous titré « Brèves du Sud ».
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7 novembre 2008 - Aucun commentaire
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Brèves du Sud 3

Quand quelque chose vous dit : “Prends le chemin”…

  On ne savait qui du cheval ou du cavalier « montait » l’autre, si rarement nous étions en selle, à cause de la pente. Les montagnes sont comme ça lorsqu’on les avale à cheval !

 
Brouillard du matin. Devant nous, le sentier se divise après Mendi Chipi vers le col. Par où poursuivre ? André Berrotte ne se souvient plus. Il s’arrête, fait faire à son arabe dix pas en retrait, se découvre de son béret béarnais, le lui claque sur son arrière main.
   
  « El Hazni » reprend sa marche en avant, rênes pendantes. Libre. Il arrive à la bifurcation, choisit le layon de droite. Hasard ou mémoire de cheval qui avait déjà emprunté la même sente l’été d’avant ? En tous cas, il prit la bonne option jusqu’en Espagne.
  

  Lors de nos randonnées, sur ces chemins à la merci d’un oubli, il manquera à Pauline  ce qui fera naître plus tard son rêve de Compostelle. 

 
Ce qu’elle avait lu quelque part de la coquille avec laquelle on se signale, des portes auxquelles on frappe et qui s’ouvrent..
 
  Pauline avait été émerveillée, il y a deux ans, par l’idée de prendre l’air sur une autre planète : celle des hommes qui offrent l’hospitalité à ceux qui sont en route. 

  
  Vers quoi ? Le sait-elle ? Sait-on vers quoi l’on marche quand quelque chose vous dit : « prends le chemin » ?
 
  Pauline a entendu une petite voix en elle qui lui a dit ça, ce me semble. Depuis, ses yeux scrutent ceux de chacun. 
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30 octobre 2008 - Aucun commentaire
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Brèves du Sud2

C’est maintenant ou jamais !

 
Une jolie expression de la pitchounette, il y a trois jours, alors que je la ramène de son entraînement au Code. Nous remontons la colline. Il fait nuit. Un tracteur dans un champ, phares allumés. Notre voisin retourne sa terre. Il va pleuvoir.. Pauline dit :
— Ils doivent sans cesse penser : « C’est maintenant ou jamais.. », les agriculteurs.
Il ne se passe pas un jour où ce ne soit pour elle aussi « maintenant ou jamais.. » 
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Extrait de « Spleen family » - sous titré « Brèves du Sud ».

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27 octobre 2008 - Aucun commentaire
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Brèves du Sud 1

Bonjour,
Je commence ici une chronique “Spleen family”… sous titré “Brèves du Sud”
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Biche

  Tôt debout, que faire ? Pauline prend un café, puis sa guitare par le manche, sort, s’assoit sur un muret, joue penchée sur ses cordes. Une heure durant.
 
Après quoi elle lève les yeux vers le grand cèdre de l’est. Une herbe plus tendre que celle de plein champ pousse à l’abri de ses branches. Un reste d’humidité de la nuit entretient là une rosée qui la maintient en vie.
  Que voulez-vous qu’il se passe le matin à cet endroit ? Et bien une « biche » ! Elle vient brouter. Lorsque Pauline cesse de jouer, elle lève son cou, dresse ses oreilles. Balance sa tête.
 
On dirait qu’elle mâchonne : « Cela fait une heure que je t’écoute. Pourquoi t’arrêtes-tu ? Tu faisais l’herbe bonne.. »
  Pauline reprend sa chanson des cordes.
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Extrait de « Spleen family » - sous titré « Brèves du Sud ».
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26 octobre 2008 - Aucun commentaire
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